Le guide de montagne
Le Finsteraarhorn (4274 m)
(crédit : Flyout, page Wikipedia du Finsteraarhorn)
Un peu de temps libre et de nombreuses heures de lecture m’ont permis de découvrir quelque peu ce monsieur, qui fut mon arrière-arrière-arrière-grand-père. On m’avait bien dit que j’avais un ancêtre guide de montagne, mais cela s’arrêtait là… Il fut guide, mais quel guide ! Ça valait la peine de creuser un peu.
Jakob Leuthold (1807-1843), de Boden, près de Guttannen (BE, Suisse), a accompagné le célèbre géologue-glaciologue Louis Agassiz lors de ses expéditions dans les Alpes bernoises. Ces nombreuses expéditions permirent à Agassiz de construire sa fameuse théorie sur les glaciers.
Durant les années 1830-1840, Jakob Leuthold fut le « capitaine » de toutes les expéditions. Il était toujours accompagné par Johannes Waehren, son ami inséparable, considéré comme son « lieutenant ».
Leur plus grand exploit est la première ascension établie du Finsteraarhorn (4274 m – le plus haut sommet des Alpes bernoises), le 10 août 1829. Ce fut la 3ème course la plus importante dans l’Oberland bernois, après la 1ère de la Jungfrau en 1811 par J. R. et H. Meyer, et l’antécime du Finsteraarhorn en 1812 par A. Volker, J. Bortis et A. Abbhühl (si on considère qu’ils n’ont pas atteint le sommet).
Ils firent aussi la première du Grand Lauteraarhorn (4042 m), le 8 août 1842 (atteint en fait par erreur, pensant avoir atteint le Schreckhorn !), et la 4ème de la Jungfrau, le 28 août 1841. Ils furent aussi les premiers à effectuer des séjours hivernaux dans les Alpes.
Dans l’Ascension du Schreckhorn (par E. Desor), une mention est faite de comment une 1ère était marquée au sommet : « (…) nos guides avaient planté le drapeau sur le point le plus élevé [du Lauteraarhorn] et l’avaient entouré d’un mur sec, pour qu’il fût plus solide. La banderolle se composait de deux mouchoirs rouges, cousus ensemble et attachés au bâton au moyen d’une forte ficelle flottante*. Afin de rendre le bâton plus visible et pour qu’il pût encore servir de signal après que la banderolle aurait disparu, nous y attachâmes une bouteille, qu’on voit probablement encore de l’Hôtel des Neuchâtelois; une autre bouteille fut placée dans un petit caveau à côté du drapeau sous une grosse pierre; elle renferme un billet sur lequel sont inscrits nos noms et la date de notre acension, avec quelques remarques confidentielles adressées au premier lecteur. »
* La note étant « Nous savions par l’expérience que, fixés de cette manière, les drapeaux résistent beaucoup plus longtemps à la violence du vent, que lorsqu’ils sont serrés contre le bâton; et en effet notre drapeau rouge flottait encore admirablement lors de notre départ du glacier, le 5 septembre. »
Tiré du livre d’Elizabeth Agassiz « Louis Agassiz – sa vie et sa correspondance » (voir les documents bibliographiques pour la référence) :
« Au mois de juillet, nous le [Louis Agassiz] trouvons de nouveau sur le glacier de l’Aar ; mais la campagne de 1843 débuta tristement pour nos explorateurs. Arrivés à Meiringen, ils apprirent que Jacob Leuthold était malade et ne pourrait probablement pas les accompagner. Ils se rendirent chez lui, mais il ne trouvèrent plus que l’ombre de celui qui avait été autrefois leur vaillant guide et dont les forces déclinaient rapidement. Néanmoins, il les reçut avec joie dans son humble logis et voulut les retenir pour leur offrir quelque rafraîchissement. Craignant de le fatiguer, ils ne restèrent que peu d’instants auprès de lui. Au moment de le quitter, l’un d’eux, montrant les montagnes, lui exprima l’espoir qu’il pourrait bientôt les rejoindre; pour toute réponse, les yeux de Leuthold se remplirent de larmes.
Trois jours après, il était mort. Il n’avait que trente-sept ans et avait la réputation d’être le plus intelligent et le plus intrépide des guides de l’Oberland. Jamais on ne l’avait vu s’égarer, même dans les lieux qu’il parcourait pour la première fois et jamais son calme ne l’avait abandonné au moment du danger. Sa mort causa un vif chagrin à tous ceux dont il avait guidé les pas, pendant des années, dans les passages les plus difficiles des Alpes. »
*******Mort donc jeune, il aurait certainement mené d’autres 1ères dans les Alpes, comme celle du Wetterhorn en 1844.
La femme de Jakob interdit à ses fils de suivre la trace de leur père et les obligea à partir gagner leur vie ailleurs en Suisse, loin des montagnes. Un certain Andreas arriva donc dans le canton de Neuchâtel et s’y établit. Voilà pour la petite histoire derrière mon origine neuchâteloise, plus récente que la bernoise.
Une affaire de pics enneigés dans ce petit bout d’histoire familiale !
Le but était donc de mettre sur l’Internet au moins les références des documents dont j’ai des copies ou que j’ai consultés. Ceux-ci seront utiles et intéressants pour d’autres Leuthold descendants de ce Jakob, ou pour des gens intéressés par ce tout petit pan de l’histoire de l’alpinisme.
Est-ce que le goût pour la montagne est génétique ? En tous les cas, après le Pikes Peak (4307 m, Colorado, USA) et le Buffaloes Peak (4000 et quelques, Colorado, USA), le Breithorn (4164 m) fut mon premier 4000 en Suisse. Le 29 juillet 2001, « we did it » [note : une fondue au sommet, au lever du soleil… si si !]. Hein, Olivier ?!
Lieu d'origine
Ma carte d’identité indique Guttannen. Mon papa m’avait montré le lieu-dit Boden, en-dessous de Guttanen, m’indiquant en passant des fois en voiture que Jakob avait habité là.
En fait, sa maison était de l’autre côté de l’Aar, rive droite, au lieu-dit Flesch, à l’endroit pointé sur cette carte topographique.
C’est ce que nous avons découvert, mon papa et moi, fin septembre 2018, par Martin Leuthold (-Bodmer), un autre descendant de Jakob, le seul Leuthold habitant encore Boden.
Voici l’actuel pré, pointé sur le carte, où se trouvait la maison de Jakob Leuthold. Photo prise depuis la route, au lieu-dit Flesh, avec dans le dos la maison principale du lieu, au bord de la route côté gauche en arrivant sur place. Sur la droite de la photo, coupé, le garage, au bord de la route, côté droit en arrivant sur place.
Sa maison a été démontée (!) pour être remontée ensuite à Hasliberg, mais je ne sais pas où ni quand.
Les armoiries Leuthold, en tableau dans notre hall d’entré. Récupérées par mon papa, mais je ne sais ni d’où, ni de quand ce tableau date.
Si quelqu’un tombe par hasard ici et s’y connait en héraldique, c’est très volontiers que j’en apprendrais davantage sur ces armoiries. Grand merci d’avance de me contacter !
Origine suédoise ?
Dans le livre ‘Géographie de la Suisse’ (J. Früh, Payot, 1944 ; 3ème tome, p. 371), il est mentionné que « des découvertes effectuées à Meiringen, Innertkirchen et Guttannen, parlent d’un peuplement préromain. Il n’est pas question ici de se prononcer sur la légende tenace qui circule dans le Hasli de l’établissement, dans cette vallée, d’une tribu suédoise.
En tous les cas, les noms de lieux et le langage prouvent que l’ensemble de la vallée fut occupé par une population germanique. »
Dans le ‘Dictionnaire historique & biographique de la Suisse’ (dir. M. Godet, H. Türler & V. Attinger, Neuchâtel, 1921 ; 1er tome, p. 771), il est mentionné « La tradition et la légende (Ostfriesenlied, 77 strophes) racontent une occupation durable de la vallée par les Suédois et les Frisons de l’Est. »
Étant blond aux yeux, d’un côté cela me plaît d’imaginer une lointaine origine peut-être dans une tribu suédoise !
Origine du nom Leuthold
Trouvé sur 2 photocopies d’un livre non référencé en allemand, traduction par DeepL :
Comment la famille Leuthold a obtenu son nom et ce que signifie le nom Leuthold ?
Le nom de famille Leuthold semble être d’origine patronymique. Nos recherches ont montré qu’il provient de la langue allemande et dérive de l’ancien nom de personne Liut(h)old, qui signifie « le représentant du peuple, le souverain du peuple ». Comme tous les noms de personnes, celui-ci a également donné lieu à des variantes qui s’adaptaient souvent à l’orthographe des régions linguistiques respectives. L’une d’entre elles était Leuthold, et ce nom s’est progressivement transformé en un nom de famille fixe.
Cependant, comme cette description est tirée du registre d’un répertoire de noms, cela nous indique également que le nom Leuthold peut provenir d’une autre source. (…) Il existe d’autres variantes de l’écrire, comme Leidhold, Leitel et Leide.